Le commandant annonce l'heure d'arrivée à Marseille pour minuit. À 600 km/h au-dessus de Barcelone, à mi-chemin entre la prison de sa souffrance et la ville de sa passion, Santos Mirasierra a sabré le champagne. Dans l'avion, un chant fuse : "On a libéré, on a libéré, on a libéré, Santi".
Aux côtés de Séverine, sa compagne, Santos a accordé sa première interview d'homme libre à La Provence. La voici en exclusivité :
- Comment avez-vous vécu cette dernière journée en prison ?
Santos Mirasierra : Avec le stress. L'attente a été interminable. On voit le bout de tunnel, mais il manque toujours une heure, une lumière. Sur ma télé, je voyais défiler les images des médias présents à l'extérieur. Il y avait du mouvement...
- Quand avez-vous appris que vous sortiez ?
S.M. : A 17h. En sortant de la cellule pour me rendre au quartier libre, un membre du personnel m'a dit : "Mirasierra, tu descends avec tes affaires."
- La sortie de la prison vous a-t-elle impressionné ?
S.M. : Il y a une vague humaine, des micros, des caméras qui s'agitaient, des gens qui couraient dans tous les sens. Pendant deux mois, j'ai bénéficié d'un peu d'espace, et là, d'un coup j'étais étouffé. L'agent judiciaire qui m'a remis le papier m'avait prévenu un peu plus tôt. Je l'entends encore "Quand je suis arrivé, la presse a encerclé ma voiture."
- Avez-vous craint un instant de ne pas sortir ?
S.M. : À l'intérieur de la prison, personne ne savait comment se passerait la journée. Rien n'était vraiment carré dans l'organisation. J'ai eu peur d'un nouveau coup de Trafalgar.
- Quelle a été votre première pensée ?
S.M. : Ça y est, j'y suis. Avec tous les miens autour de moi, je me suis senti rassuré.
- Avez-vous appris votre libération sur le télétexte ?
S.M. : Oui, c'est vrai. On m'avait remis en main propre la décision du juge me condamnant à trois ans et demi, quelques minutes auparavant. Avant de quitter la cellule, j'ai rallumé la télé et j'ai zappé. Je suis tombé sur l'annonce de ma libération sous caution. J'ai toujours appris les décisions me touchant par la télé.
- Comment vivez-vous ces premières heures de liberté ?
S.M. : Je profite de mes proches, je parle de la vie dehors.
- Quand comptez-vous reprendre le cours normal de votre vie ?
S.M. : Ça ne dépend pas que de moi. J'aimerais le plus rapidement possible et reprendre mon petit train-train peinard et sans histoire.
- Et votre boulot ?
S.M. : J'aimerais disposer d'une semaine ou deux pour souffler, prendre du temps avec les miens.
- Avez-vous eu peur de le perdre ?
S.M. : Les premiers temps, quand on parlait seulement de mon interpellation, de mon incarcération, oui, j'ai craint de tout perdre. Mais, j'ai vite été rassuré. [
- En décollant, vous écoutiez la chanson de L'Antidote...
S.M. : Au fil des rimes, je revoyais les images de cette terrible soirée. En l'écoutant, j'ai l'impression qu'il était là, qu'il a assisté à tout ce qui s'est passé.
- Serez-vous à Lyon dimanche ?
S.M. : Je vais y réfléchir. Je suis dans le même état d'esprit qu'un cycliste qui chute lourdement de vélo, il y a tout un processus à se réapproprier. Parfois, cela prend du temps. Aller au stade, c'est retrouver un environnement, un contact avec la police et j'en aurai peut-être peur après ce que j'ai traversé.
- Revenons à ce qui s'est passé devant la prison au moment de votre sortie. Cela vous a-t-il paru démesuré ?
S.M. : J'ai trouvé cela complètement fou. Les journalistes se battaient pour être au premier rang. Et il y a eu la chute de Valérie, de France 3. Elle est tombée et personne ne s'est retourné pour l'aider ou prendre de ses nouvelles. C'est inouï.
- Que vous a dit Pape Diouf, que vous avez eu rapidement au téléphone ?
S.M. : De profiter de ma famille, de m'occuper d'eux, de rattraper les moments perdus. J'aurai bien le temps de penser à autre chose.
- À chaud, que vous reste-t-il de cette histoire ?
S.M. : La violence des charges policières. Cette image est restée gravée et elle est lourde. Je retiens aussi le comportement des journalistes espagnols. J'avais une vision de la presse française, que je trouvais, pardonnez-moi, un peu charognarde. Mais eux, c'est pire. J'étais l'Ultra recherché par toutes les polices d'Europe. Aucun n'a essayé de savoir qui j'étais, aucun ne s'est inquiété de me demander ce que je pensais.
- Une histoire particulière comme la vôtre appelle forcément un livre. Y pensez-vous ?
S.M. : Non, je n'ai pas la tête à écrire. J'espère simplement que cette affaire servira de leçon. Quelque part, c'est la victoire des Ultras sur la répression.
